Penser les conflits et la polycrise au Sahel : quelques ruminations à la suite de deux écoles d'été

Conférencier invité au cours de la même semaine dans deux écoles d'été, la première à l’Université Laval et portant sur les conflits et la Francophonie (24 au 30 mai) et la seconde à l'Université de Montréal intitulée « Polycrise, conflits armés et recul démocratique » (25 au 30 mai), j'ai présenté un portrait des conflits au Sahel (26 mai) à Québec, puis ce que je nomme la polycrise au Sahel central (28 mai) à Montréal.

Voici quelques idées encore brouillonnes tirées des échanges avec les collègues, personnes conférencières et personnes étudiantes. Interprétez ces ruminations comme des réflexions spontanées, mais aussi comme des rappels et des mises en garde analytiques utiles à tout analyste, y compris à moi-même, étudiant les dynamiques sécuritaires et les crises contemporaines.

-          La pertinence incontournable du chercheur Stathis Kalyvas pour étudier les conflits armés. Un écrit déjà ancien que je trouve lumineux : Kalyvas, Stathis N. "The ontology of “political violence”: action and identity in civil wars." Perspectives on politics 1.3 (2003): 475-494. Un texte à lire et relire!

-          L'enjeu de la spatialisation demeure et demeurera toujours un enjeu lorsque l'on étudie une région, État ou localité traversés par des considérations sécuritaires, de conflits armés ou de crises, voire de polycrise. Un défi analytique consiste à dégager des tendances et offrir une perspective holiste en explicitant les dynamiques transversales, tout en ne renonçant pas à une analyse nuancée et contextualisée de la micro-politique. Facile à dire, mais il est aisé de s’enfermer dans le macro ou le micro, sans maintenir une nécessaire dialectique sur le plan analytique.

-          Les jeux relationnels et la pondération entre facteurs internes et externes demeurent et demeureront toujours une préoccupation analytique pour les personnes étudiantes et analystes en relations internationales, notamment sur les objets d’études impliquant les rôles des interventions internationales.

-          Ensuite, plus que jamais, je considère que la notion de polycrise a un fort potentiel heuristique. Mon ouvrage collectif sur les polycrises sort sous peu aux PUL (automne 2026). En attendant, je vous invite à aller jeter un œil à notre article collectif sur la polycrise au Sahel : Bencherif, Adib, et al. "La polycrise au Sahel: observations, perspectives et actions." Canadian Journal of African Studies/Revue canadienne des études africaines 59.3 (2025): 613-627. Edgar Morin nous a quitté ces derniers jours. Nous avons une grande dette intellectuelle à son endroit, y compris pour cette notion de polycrise qui est un de ses néologismes.

-          Enfin, nous encourageons que les décideurs et chercheurs s’ancrent dans une démarche de prospective, d'autant plus dans un contexte de haute incertitude. Nous devons renouveler nos outils analytiques pour essayer d'avoir une forme de littératie des futurs. C'est une occasion en or pour la science de se saisir de cette ambition et de revisiter les paradigmes actuels, notamment en sciences sociales, pour appréhender la complexité du réel.